Imprimer PDF

ILA, Santons, 7
(16/1/12/164) Dédicace de l’arc de Germanicus

Site (nom antique): Mediolanum  Site (nom moderne) : Saintes.

Province romaine: Aqu.

Localisation: France / Poitou-Charentes / Charente-Maritime / Saintes.

Support: Arc.

Matériau: Calcaire.

Description et état du monument: Arc routier à deux baies sur la rive droite de la Charente (Maurin 1978, p. 71-81), sur la voie d’Agrippa de Lyon à Saintes (Strabon, IV, 6, 1 = C 208), dédié à Tibère, son fils Drusus et Germanicus par Caius Julius Rufus.
L’architecture du monument détermine trois champs épigraphiques. Sur la face occidentale (face 1) de l’attique (du côté de la ville), les trois titulatures impériales commentaient sans doute des sculptures qui couronnaient le monument. Sur la face occidentale de l’entablement, les noms, généalogie et titres du dédicant, qui sont répétés sur la face orientale ou face 2 (l’inscription est ici beaucoup plus complète). L’arc a été entièrement démonté en 1843, lors de la démolition du vieux pont de Saintes avec lequel il faisait corps, et remonté, à l’initiative de Prosper Mérimée, inspecteur des Monuments Historiques, par l’architecte Clerget (ill. 1 et 2 ; Maurin 1972, p. 255-272). Les matériaux neufs sont abondants dans le monument reconstitué ; on en trouve même dans les parties supérieures qui sont concernées ici et qui, théoriquement, auraient pu mieux résister aux dégradations ; c’est surtout le cas pour la face occidentale, exposée aux vents dominants. Nous y reviendrons en décrivant les différents champs épigraphiques.
Les lettres des inscriptions ont été peintes en rouge à une époque imprécise ; le fait n’est pas sans importance, car la peinture a en quelque sorte donné un caractère indélébile à la lecture qui faisait alors autorité, celle du Corpus, tout en y introduisant quelques variantes. Cette application est assez récente et il semble qu'elle soit postérieure à 1933, car Dangibeaud n’en dit mot dans l'étude qu'il a faite de l'arc et de ses textes dans son Mediolanum Santonum où, à coup sûr, il n’eût pas manqué de le signaler. En l’absence d’archives qui l’aient expressément consignée, deux hypothèses se présentent : 1) Vers 1935, pour parachever l’installation du musée lapidaire dans son emplacement actuel, dans le voisinage immédiat de l’arc ; la peinture aurait pu être appliquée à l’initiative de Dangibeaud, alors conservateur de ce musée, peu avant sa mort (28 sept. 1935) ; cependant (ce qui n’est pas une preuve formelle) on n’a aucune mention de travaux concernant l’arc à cette date dans les archives municipales. 2) Ou bien (plutôt) en 1941-1943 : au début de 1939, la foudre frappa le monument dont la plate-forme supérieure était recouverte d’une chape de plomb depuis 1852. Les dommages furent, semble-t-il, importants et l’on prévit alors des restaurations dont, malheureusement, le détail n’a pas été conservé ; elles furent définitivement décidées en mars 1941 (Annales Municipales, délibérations du conseil municipal de Saintes, 1939, p. 60-62, p. 92 ; 1941, p. 6 ; aucune précision supplémentaire dans la presse locale). Il est plausible que la remise à neuf ait compris alors la peinture des inscriptions. Le peintre a travaillé avec une grande application, rectifiant même une erreur de lecture en suivant scrupuleusement le tracé antique (texte B, l. 1, ce qui passa inaperçu), mais il fit aussi quelques omissions et quelques erreurs, dues au mauvais état des lettres antiques ou aux prescriptions qui lui furent données au cours des travaux (le conservateur de l’époque n’étant pas latiniste). Cette opération a eu aussi l’avantage de mettre en évidence certains défauts de la restauration de l’arc dans l’entablement portant les inscriptions.
Les trois champs épigraphiques : 1, face 1, sur l’attique, titulatures impériales (texte A) ; 2, face 1, sur la frise, noms et titres du dédicant (texte B) ; 3, face 2, sur la frise (texte C), noms et titres du dédicant (ill. 3 et 4).

Décor: Voir Maurin 1978, sur l’architecture et le décor d’architecture (avec des compléments de Tardy 1989, p. 83-86). Sur les sculptures du couronnement, voir ci-dessous. Les lettres des inscriptions auraient été dorées, selon La Sauvagère, ce qui nous semble bien peu probable.

— Champ épigraphique 1 Fragment(s) : 1. Description: Entre la corniche de l’entablement et celle de l'attique. Il semble qu’à l’origine la frise comprenait dix blocs, chacun ayant environ 140 à 160 cm de longueur, sauf ceux des extrémités nord et sud, anépigraphes, qui avaient environ 80 cm de longueur. D’après les restitutions que l’on peut proposer de façon maintenant à peu près sûre pour le texte, il semble que la titulature de Germanicus occupait trois blocs après le demi-bloc d’angle ; celle de Tibère quatre blocs, mais elle débordait à gauche (le prénom TI était gravé sur le bloc portant la fin de la titulature de Germanicus) ; celle de Drusus, les deux blocs de l’extrémité sud, mais elle n’occupait que la moitié environ du dernier bloc. Les textes étaient répartis sur trois lignes pour les titulatures des deux princes héritiers, sur deux lignes pour celle de Tibère. La hauteur de la frise de l’attique était la même que celle de la frise de l’entablement. Dimensions: 65/. État de conservation: A gauche, nous pensons que le 2e et le 3e blocs actuels ne faisaient qu’un à l’origine : en effet, le jambage de gauche de M et le second I de DIVI se trouvent à la séparation des deux pierres, ce qui aurait certainement présenté un inconvénient pour le lapicide, puisqu’il a généralement évité une telle éventualité. Les blocs de la moitié gauche ont été remis à leur emplacement d’origine par Clerget. Dans la partie droite, quatre sont neufs ; celui qui, aujourd’hui à l’extrémité, porte la fin de la titulature de Drusus, était en réalité à l’origine l’avant-dernier bloc ; il était suivi par un bloc plus court de la moitié. Les blocs d’origine de la moitié gauche ont leur surface usée, et ils sont détériorés dans leur partie supérieure. Les nombreux éclats des arêtes sont peut-être récents pour une part (XIXe s.) ; à une époque indéterminée (au Bas-Empire ? Maurin 1978, p. 328 et n. 21), un crénelage couronna le monument, mais de nombreuses représentations (Maurin 1978, fig. 30-33, p. 388) montrent qu’il avait été placé sous la corniche de l’attique, et que sa construction n’avait donc pu endommager les pierres de la frise dont, vers 1840, un dessin de N. Moreau (Maurin 1978, fig. 33) indique qu’elles n’étaient alors pas trop abîmées. Il faut sans doute mettre en cause ici le démontage et le remontage de l’arc, et le remplacement de l’ancienne corniche par une corniche neuve.

— Champ épigraphique 2 Fragment(s) : 1. Description: Face occidentale, sur la frise de l'entablement, qui comprenait vraisemblablement onze blocs de longuer inégale ; longueur approximative : bloc 2 (en deux morceaux) : 145 cm, bloc 3 : 98 cm, bloc 4 : 126 cm, bloc 5 : 119 cm, bloc 6 (en deux morceaux) : 145 cm etc. Dimensions: 65/environ 15,20 m.H. marge sup.: 15,5.H. marge inf.: 13,2. État de conservation: Les deux blocs des extrémités, moins longs, anépigraphes, ont été taillés au XIXe siècle pour remplacer les deux blocs d’origine. Les blocs de la moitié droite ne portent plus de traces de lettres (sauf un O en grande partie reconstitué, sur le bloc 7). Au contraire, sur le bloc de la moitié gauche, les inscriptions sont souvent mieux conservées que sur la face 2. Cette différence dans la conservation des deux moitiés de la frise doit être due pour une part au choix des matériaux qui ne sont pas homogènes.

— Champ épigraphique 3 Fragment(s) : 1. Description: Face orientale, sur la frise de l'entablement, qui comprenait douze blocs de longueur inégale, difficile à apprécier exactement dans plusieurs cas en raison des retailles des restaurateurs du milieu du XIXe s. ; ceux des deux extrémités avaient la moitié de la longueur des autres. Longueur approximative des blocs : bloc 2 : au moins 160 cm , bloc 3 : 135 cm, bloc 4 : 110 cm, bloc 5 : 133 cm, bloc 6, 7 et 8 : 130 cm, bloc 9 : 122 cm, bloc 10 : 142, bloc 11 (il ne reste que le 2/5) : au moins 160. Aux extrémités, les blocs 1 et 12, anépigraphes, devaient mesurer environ 80 cm de longueur. Dimensions: 65/environ 15,20 m.H. marge sup.: 15,5.H. marge inf.: 13,2. État de conservation: Plusieurs blocs, sans doute très détériorés, ont été légèrement raccourcis par Clerget. Certaines lettres ont donc été alors ôtées du texte : ainsi VS, à la fin de IVLIVS, au debut du texte ; vers la fin du texte, une partie de R et, au-dessous, une partie de M. L'inscription s'en est trouvée sans doute raccourcie au total de un à deux décimètres ; la partie droite de la pierre (probablemnt brisée en deux) qui précède le demi-bloc d'angle a été remplacé par Clerget par un bloc neuf, certainement plus large que le bloc d'origine (pour combler les 10 à 20 cm manquants), cet échange étant sans doute autorisé par le fait qu'il n'y avait ici, de mémoire d'homme, aucune trace de lettres conservée.
La première ligne du texte a été dans l'ensemble beaucoup mieux préservée que la seconde.

Datation du texte: 18/19.

Justificatif datation: Entre le 1er janvier 18, date du second consulat de Germanicus, qui constitue le seul repère chronologique lisible, et la mort de Germanicus au début d’octobre 19 (Maurin 1978, p. 81).

Écriture: Capitales, signes de séparation, abréviations.

Style écriture: Lettres carrées profondément gravées, régulières. I dépasse l’alignement (de 3,5 cm pour la l. 1) à la fin des noms au génitif, ce qui donne à la lettre la valeur du redoublement (i = ii) ; cette règle n’est transgressée (relativement, car la lettre reste assez courte) que pour le premier i de Epotsorouidi(i) ; M très large, avec des hastes latérales obliques. Certains O sont aussi très larges, presque ovales (premier O de Agedomopatis et de Epotsorouidii dans le texte C). Les lettres de la l. 2 mesurent de 13,2 à 13,5 cm.
Points de séparation trièdres régulièrement répartis, avec parfois des inclusions au centre de la lettre C (face 1 : l. 1 de la titulature de Germanicus ; face 2, l. 2, vers le centre).
Dimensions des lettres. Texte A (dimensions au cm près). Pour les titulatures des princes héritiers, l. 1 : 20 cm ; l. 2 et 3 : 13 à 13,5 cm, avec un interligne de 3 à 3,5 cm. Pour la même hauteur, la titulature de Tibère est répartie sur deux lignes, avec les lettres d’un plus grand corps : 24 cm pour la l. 1 et 14 pour la l. 2, avec un interligne de 4,5 cm.
L’espacement entre les mots et les lettres est généralement régulier, avec de minimes variantes de détail.

Mise en page: Pour les trois champs épigraphiques, les noms et la filiation des personnages sont mis en valeur par des lettres de plus grand corps ; la l. 1 des textes leur est chaque fois consacrée.
Pour les textes B et C : léger retrait de la l. 2 à gauche et à droite par rapport à la l. 1.
La mise en page du texte A, sur la face 1, retient particulièrement l’attention :
A la fin de chaque titulature impériale (y compris celle de Drusus), on voit aujourd’hui une grande hedera pointe en bas avec deux lobes latéraux ; elle a un rôle ornemental et fixe l’espace où se développe chacune des titulatures ; il est très vraisemblable que celle de Germanicus était précédée d’un tel ornement, qu’un manque dans le bloc initial a fait disparaître.
La titulature de Tibère occupait plus d’espace en longueur (quatre blocs, pour trois à Germanicus et deux à Drusus), et elle était en outre mise en relief par des lettres de plus grand corps et une répartition sur deux lignes. Ce déséquilibre dans la longueur des inscriptions du texte A était le reflet de la situation politique et du protocole, et il était probablement en relation, comme on l’a dit, avec les sculptures qui devaient couronner l’arc. On peut supposer que ces sculptures étaient en bronze, comme il était d’usage ; en outre, un pied de cheval en bronze doré, grandeur nature, adhérant à une masse de fixation en plomb, aurait été découvert près de l’arc et acheté par le Musée des Antiquités Nationales en 1870 : Reinach 1894, p. 287 ; cf. Dangibeaud 1887-1888, p. 267 ; mais cette provenance serait peu sûre selon Dangibeaud, ibid., et 1933, 1, p. 34 et n. 43, p. 70 ; Reinach 1921, t. II, p. 180, donne comme provenance : "environs de Saintes", ce qui est assez invraisemblable. Des chevaux de bronze dans un groupe statuaire couronnant un arc romain sont presque de rigueur.
En fonction des dimensions hors tout de la plate-forme supérieure (sans doute 15, 20 m env. sur 3 m) et surtout de la disposition des inscriptions, on imagine, plutôt que trois statues très individualisées, une composition étirée en longueur, réservant une place moindre au groupe statuaire consacré à Drusus ; en tout état de cause, les effigies des princes devaient être tournées vers la ville, puisque leurs titres étaient gravés sur l’attique seulement de ce côté.
Pour le texte A : nous présentons successivement les trois titulatures dans l’ordre où elles se trouvent de gauche à droite, complétées par les éléments certains des lectures précédentes (Pacedianus, La Sauvagère, Hirschfeld).

Éd. Nous ne citons, après Hirschfeld, que les meilleures lectures (nous ne signalerons en plus que celle de Mahudel) ; ce sont les plus anciennes, avant Espérandieu et Hirschfeld qui ne les ont pas améliorées, en raison de la dégradation du monument et aussi des restaurations de Clerget. Au XVIe s., on ne discernait déjà plus de traces de lettres sur l’attique entre le début de la titulature de Tibère et la fin de celle de Drusus. Aucun des érudits qui ont donné une lecture originale des inscriptions ne nous renseigne sur les moyens employés pour les déchiffrer, jusqu’à Hirschfeld qui les observa à l’aide d’une lunette d’approche. De 1668, date de l’achèvement par l’architecte Blondel du pont Bassompierre (qui prolongeait le vieux pont à l’emplacement de l’actuelle place Bassompierre), jusqu’en 1842, date de la destruction du vieux pont et de l’aménagement de la place Bassompierre, les conditions d’observation étaient sensiblement différentes d’aujourd’hui : l’arc était englobé dans les maçonneries du Vieux Pont, ouvrage médiéval remanié par Blondel au niveau de l’arc ; la chaussée passant sous l’arc, restaurée par ce dernier, se trouvait à 5 m environ au-dessus du passage antique (et actuel), soit sans doute un peu plus haut que le passage médiéval ; les conditions d’observation étaient donc meilleures que depuis la restauration de Clerget, achevée en 1851, puisque les inscriptions se trouvaient alors (pour les textes B et C) entre 6,60 et 7,20 m au-dessus du tablier du pont, alors qu’elles sont aujourd’hui entre 11,50 m à 12,20 m environ au-dessus du sol ; l'architecte Clerget a en effet rétabli le niveau du passage antique par rapport à l’arc ; il faut noter qu’il l’a placé, avec l’arc, à 2,40 m environ plus haut que dans l’Antiquité : le niveau général des eaux s’est en effet sensiblement élevé à Saintes entre l’Antiquité et le Moyen Age ; si l’arc était resté à son emplacement antique, sa base aurait été noyée en permanence à l’époque des hautes eaux annuelles (et les inondations de 1982 et 1994 auraient noyé la base des pilastres corinthiens, au-dessus du haut socle des arches ; cf. Maurin, Thauré 1994, p. 46). Sur cette question, Maurin 1972, p. 255-272, et Maurin 1978, p. 58-59, 71-73 et fig. 19-23, 30-36.

PACEDIANUS cité par Hirschfeld. Né vers 1845, il est le premier à avoir donné une lecture de l’inscription, et cette lecture est remarquable ; il est notamment le seul à avoir lu, sur la face 2 le nom d’Agedomo, abandonné ensuite pour Gedomo ; Elie Vinet (1568, § 11 et 24) ne donne que la titulature de Drusus sur l’attique, mais une excellente lecture de la frise de l’entablement de la face 1 (cependant, l. 1 Gedemonis, Eposterouidi) ; Peiresc (BN ms lat. 8958, f°188) : même lecture que Vinet pour l’attique : excellente lecture de la l. 2 de la face 1 ; l. 1 Octuaneyni, [la]ced[a]emonis, Epots[i]prouidi. ; Mahudel 1715, p. 336-346 : Mahudel a bien établi que le monument était un arc routier, placé comme tel à l’entrée du pont, sur un grand axe, et que le sacerdoce de Rufus était celui du sanctuaire au confluent de la Saône et du Rhône ; La Sauvagère 1770, p. 50-78 (copie majuscule, pl. X-XII) a étudié avec une grande minutie les textes ; il note : "les lettres écrites sur ces assises de blocs de pierre sont si carriées par vétusté, si remplies de crevasses, d’arbrisseaux, d’herbes à tige, de mousse et de toutes sortes d’ordures entrelacées dans toutes ces pierres disjointes et pourries qu’elles m’ont donné bien de la peine à déchiffrer dans toute cette confusion où elles se trouvent, et d’ailleurs elles sont fort élevées ; j’en ai même abandonné quelques-unes, dans l’impossibilité d’en venir à bout” (p. 68) ; comme le remarque Dangibeaud 1933, 1, p. 34, "il ne dit pas comment il a pu lire ces lettres pleines de mousse" ; quoi qu’il en soit, La Sauvagère a amélioré la lecture des inscriptions de l’entablement ; pour l’attique, l. 2 de la titulature de Germanicus : Diui August. nep., Diui Iuli pronep. … auguri, et la deuxième ligne de la titulature de Tibère : [I]mp. VII, [tri]b. pot., à la fin ; Bourignon 1801, p. 78, dépliant entre les p. 78 et 79 : Bourignon a amélioré la lecture de l’inscription de l’attique, l. 2 de la titulature de Tibère : pontif. maxs., cos IIII, imp. VIII (avec chiffres surmontés d’un trait). Il a aussi noté l’espace entre O et T dans Otuaneunus, lecture qu’il conserve pourtant ; sa lecture a été presque intégralement suivie par Millin 1807-1811, t. IV, p. 673-675 ; Espérandieu 1889a, p. 75-94, n° 30, donne les différentes lectures du XVIe au XIXe s. (Braun, Vinet, Grüter, La Sauvagère, Millin, Bourignon, Orelli, Wilmanns, Lacurie, Audiat), l’intérêt de ces copies étant de permettre "de suivre, pour ainsi dire pas à pas, la disparition presque totale d’un monument épigraphique" ; bibliographie, p. 93-94 ; CIL, XIII, 1036, copies de Pacedianus, Vinet, Peiresc, La Sauvagère, Bourignon, Millin, Audiat. Hirschfeld, telescopio usus, n’a pu améliorer les copies les plus anciennes ; Dangibeaud 1933, 1, p. 33-37 ; Maurin 1978, p. 79-81, 181-192, photo fig. 48-50 et 266 ; Maurin, Thauré 1980, p. 198, 1, rectifie le CIL pour certains passages de l’inscription de l’attique ; repris dans AE, 1980, 626 ; ILA, Santons, 7, résulte d’un nouvel examen (12 août et 16 décembre 1993) sur une nacelle montée à hauteur des pierres ; photos du support, dessins de certaines parties des inscriptions.

Comm.: Grimal 1947, p. 134-138, repris par ILTG, 148. Sur la date de l’arc, entre le 1er juillet et l’automne 19 selon Grimal (modifié par Maurin 1978, p. 80 et n. 61-63) ; Seston 1962, t. 3, p. 1407-1417 = Seston 1980, p. 321-331 (voir ILA, Santons, 18).
TEXTE A
—Dimensions des lettres : voir ci-dessus, Champ ép. 1.

Texte 0A :

GERMANICO[ . . . . . ]R[ . ]TI▴AVG▴F❦
DIVI▴AVGVSTI▴NEP▴ḌIVI▴IVLI▴PRONEP▴AVGVRI
FLAM▴AVGVST▴COS▴ĪĪ▴IṂP▴ĪĪ
TI▴CAESAR[ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ]
PONTIF▴MAXS▴[ . . . . . . ]IMP▴V̅ĪĪĪ▴[ . . . ]B▴POT[ . . . . . . ]
DR[ . . ]O▴CAESARI▴[ . . . . . ]F̣❦
[ . . . . . . . . . . . ]NEP▴DIVI▴IVLI
[ . . . . . . . . . . ]PONTIFICI▴AVGVRI

Germanico [Caesa]r[i] Ti(berii) Aug(usti) f(ilio),
Diui Augusti nep(oti), Ḍiui Iuli pronep(oti), auguri,
flam(ini) August(ali), co(n)s(uli) ĪĪ, iṃp(eratori) ĪĪ
Ti(berio) Caesar[i Diui Aug(usti) f(ilio), Diui Iuli nep(oti) Aug(usto)],
pontif(ici) maxs(imo), [co(n)s(uli) ĪĪĪ], imp(eratori) V̅ĪĪĪ, [tri]b(unicia) pot(estate) [X̅X̅I̅].
Dr[us]o Caesari [Ti(berii) Aug(usti)] f̣(ilio),
[Diui Augusti] nep(oti), Diui Iuli
[pronep(oti), co(n)s(uli)], pontifici, auguri

Hauteur min. lettres: 13,2. Hauteur max. lettres: 20. Hauteur moy. interligne: 3,3.

Ligne 1 : 20. Interlignes 1/2 : 3,3.

Texte 0B :

C▴IVLIVS▴C▴IVLI▴CẠTVANEVNI▴F▴RVFVṢ[ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ]
SACERDOS▴ROMAE▴ET▴AVGVSTI▴AD▴ARAM▴[ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ]

C(aius) Iulius, C(aii) Iuli(i) Cạtuaneuni(i) f(ilius), Rufuṣ, [C(aii) Iuli(i) Agedomopatis nepos, Epotsorouidi(i) pron(epos), Vol(tinia)],
sacerdos Romae et Augusti ad aram [quae est ad Confluentem, praefectus fabrum, d(e) s(ua) p(ecunia) f(ecit)]

Texte 0C :

C▴IVLI[ . . ]C̣▴IVLI▴C̣[ . ]ṬVẠṆẸṾNI▴F▴RVF̣ṾṢ▴C▴IVLI▴ẠGEDOMO[ . . . . . ]NEPOS▴EPOṬSỌRỌVIDI▴PROṆ▴Ṿ[ . . ]
[ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ]G̣ṾṢTỊ▴[ . . . ]ṚAM▴QV[ . ]Ẹ▴ESṬ▴AD▴CONF̣LṾENṬ[ . ]ṂPRẠEFEC̣ṬVS[ . . . ]ṚV[ . ]D▴[ . . . ]

C(aius) Iuli[us], C̣(aii) Iuli(i) C̣[a]ṭuạṇẹụni(i) f(ilius), Ruf̣ụṣ, C(aii) Iuli(i) Ạgedomo[patis] nepos, Epoṭsọrọuidi(i) proṇ(epos), Ṿ[ol(tinia)],
[sacerdos Romae et Au]g̣ụṣtị [ad a]ṛam qu[a]ẹ esṭ ad Conf̣lụenṭ[e]ṃ, prạefec̣ṭus [fab]ṛu[m], d(e) [s(ua) p(ecunia) f(ecit)]

Type de texte: Hommage Hommage

Traduction: A Tibère César Auguste, fils d’Auguste, petit-fils de Jules divinisé, souverain pontife, consul trois fois, acclamé imperator huit fois, en sa 21e puissance tribunicienne ; à Germanicus César, fils de Tibère Auguste, petit-fils d’Auguste divinisé, arrière-petit-fils de Jules divinisé, augure, flamine augustal, consul deux fois, acclamé imperator deux fois ; à Drusus César, fils de Tibère Auguste, petit-fils d’Auguste, arrière-petit-fils de Jules divinisé, consul, pontife, augure, Caius Julius Rufus, fils de Caius Julius Catuaneunius, petit-fils de Caius Julius Agedomopas, arrière-petit-fils d’Epotsorovidius, inscrit dans la Voltinia, prêtre de Rome et d’Auguste à l’autel qui se dresse au Confluent, préfet des ouvriers, a élevé (cet arc) à ses frais.

Apparat critique: A—Texte A
1. Dans la titulature de Germanicus, Augusti (l. 2) est en toutes lettres, I se trouvant sur le bord gauche du 3e bloc. Pacedianus nous assure que, dans la titulature de Tibère, on devait lire Caesari (en toutes lettres) et maxs(umo). Tibère a reçu sa 8e salutation impériale en 16.
La seule difficulté réelle vient de ce que Pacedianus a placé une grande hedera immédiatement après Caesari dans la titulature de Drusus, alors que la ligne 1 devait obligatoirement comprendre le début de sa filiation. Mais, comme il met (de même que La Sauvagère) cette ligne 1 largement en retrait par rapport aux suivantes, on peut croire que c’est par inattention, comme l’a déjà bien vu Hirschfeld ; en effet, les lignes 2 et 3 étaient au contraire en retrait par rapport à la première, comme le montrent la titulature de Germanicus et le début de celle de Tibère.
Erreurs dans la peinture des lettres (vers 1933-1943) : dans la titulature de Tibère, les lettres CA sont suivies d’une sorte de D (pour le S), puis d’une haste au lieu du pied oblique gauche de A que l’on distingue très bien.

2. Lecture du CIL, après l’analyse des principales variantes depuis le XVIe s. et les observations de Hirschfeld (Ill. 5 à 7) :
Attique :
a) Titulature de Germanicus, à gauche
Germanico [Caesa]ri Ti. Aug. f.
diui August. nep. diui Iuli pronep.
[augu]ri flam. August. cos. II imp II

b) Titulature de Tibère, au centre
Ti. Caesar[i diui Au]gust. f. [Aug.]
auguri pontif. maxs. [cos III ?] imp VII [tri]b pot. [XXI ?]

c) Titulature de Drusus, à droite
Dr[us]o Caesari [Ti. Aug. f.]
[diui] Aug. nep. diui Iuli [pronep.]
pontifici auguri [cos. II]

3. Ce qu’on lit aujourd’hui sur la pierre modifie légèrement AE, 1980, 623.
B—Textes B et C. Frise de l’entablement (Ill. 8) :

1. Nous donnons le dessin des lettres subsistantes sous la peinture dans le texte C. Erreurs dans la peinture des lettres : texte C : VS omis dans C. Julius, au début ; D pour le premier O dans domon ; R amputé dans pron.
En revanche, c’est à juste titre que le peintre anonyme des années 1935-43 a donné, pour le texte B, un C pour le O traditionnellement lu comme initiale du père du donateur de l’arc ; l’arrêt et l’empattement du C à droite, discernables depuis le sol, sont parfaitement nets et visibles à hauteur de l’inscription ou à la jumelle, et l’on ne peut voir aucune trace de la partie droite de la boucle d’un O, ce qu’avait compris Hirschfeld dans sa transcription pour le Corpus. On notera que, pour la même lettre, il ne subsiste dans le texte C qu’une faible trace de la boucle à gauche ; il convient donc désormais de lire cette lettre comme un C. C’est ce qu’avait lu ou restitué le premier lecteur de l’inscription, Pacedianus.

2. Or, si nous avons signalé que l’espacement entre les lettres était régulier, il y a néanmoins deux exceptions :
a) Texte B : il règne un espace de 20 cm environ entre l’extrémité du C (peint), maintenant certain comme initiale du nom de père de Rufus, et l’extrémité du bloc (Ill. 11). On retrouve le même espace dans le texte C, (Ill. 9) c’est-à-dire qu’il y a certainement la place d’une lettre entre C et T ; cet espace avait été noté par Bourignon ; malheureusement, l’usure de la pierre ne permettait pas, dans les deux cas, de discerner nettement cette lettre. Pacedianus a cru voir ici la trace d’une haste verticale et il a lu Cituaneuni ; mais l’espace est trop large pour un I ; il est trop étroit, en revanche, pour loger IN, afin d’obtenir un nom en Cintu- ; mais nous disposons de l’espace approprié pour un A ou pour un O : un court trait oblique au sillon accentué, à droite du C initial, peut donner d’en bas l’illusion d’une partie d’un A, mais il s’agit en réalité d’une éraflure dans la pierre ; cependant la lettre manquante est bien un A, dont la branche oblique droite se voit encore très nettement à gauche du T (un O pourrait être justifié par une légère trace courbe à gauche de la hampe du T, mais elle est trop décalée vers le bas par rapport à l’alignement général ; c’est une légère éraflure de la pierre). Nous n’hésitons donc pas à lire Catuaneun(i)us.

b) Texte C : pour le grand-père du donateur, il y a un espace de 19 cm entre le bord extérieur du I terminal de C. IVLI et le bord du bloc, et 22 cm entre ce même I et la boucle reconstituée du G qui suit (Ill. 10). Il faut placer près du I un point de séparation, mais, comme pour le cas précédent, on a de toute évidence la place d’une lettre, et celle-ci ne peut guère être encore qu’un A, non seulement parce que l’onomastique l’exige, mais aussi parce que nous pouvons en discerner, malgré l’usure de la pierre, la trace d’une partie de la haste oblique de gauche (de même que celle du point de séparation qui précède). Ici encore, c’est la lecture de Pacedianus qui s’impose, et, au passage, on ajoutera qu’il a eu, comme Vinet, entièrement raison de lire GEDOMO, plutôt que GEDEMO, souvent accepté depuis La Sauvagère (malgré Mahudel) jusqu’à Hirschfeld.
La fin de ce nom fait question. GEDEMON ou GEDOMON, avec N final, a été accepté par les lectures anciennes unanimes (Ill. 13), à l’exception toutefois de La Sauvagère (vers la fin du XIXe siècle, Audiat et Hirschfeld n’ont pu déchiffrer dans le nom que les trois lettres GED). Après le second O, on voit bien aujourd’hui la base d’une haste verticale, surmontée d’une caverne de la pierre, surmontée elle-même sur quelques centimètres de la trace du creux du sillon vertical ; mais le haut de la haste est complètement usé, de même que tout le reste de la lettre. Entre cette trace d’une haste verticale très détériorée et le N initial de nepos aucun vestige de lettre n’est visible, si profonde est l’érosion du matériau : le calcaire est lisse, mais criblé, en raison de sa nature, par de nombreuses perforations ou traces en creux, dont certaines ont pu permettre de restituer N après le second O ; mais, à part le bas de la hampe de gauche, on ne saurait voir la moindre trace de cette lettre. Il paraît certain que la lecture initiale de Pacedianus a été suivie de confiance par les érudits postérieurs.
L’espace est trop large pour placer ensuite seulement la finale IS (Agedomonis), suivie d’un point de séparation, ce qui est pourtant généralement admis depuis Vinet : 32 cm (au maximum) suffiraient, alors que l’on dispose de 58. Mais comme nous avons pu vérifier que la lecture d’un N ne repose que sur la trace de la base d’une haste à droite du second O, il nous paraît bien préférable de proposer ici l’hypothèse d’un P : on place alors, sans aucune difficulté et très exactement les cinq dernières lettres du nom Agedomop̣[atis]. Au demeurant, il semble qu’il subsiste une trace du sommet du S final (Ill. 12).

3. La difficulté qu’a présentée la lecture du nom de l’ancêtre : EPOTSIROVIDI (Pacedianus), EPOTEROVIDI (Vinet), EPOTSiPROVIDI (Peiresc), venait surtout de la césure du nom à la jonction de deux pierres après la lettre S. Mahudel est apparemment le premier à avoir lu correctement le nom de l’ancêtre, EPOTSOROVIDI, et son opinion a justement prévalu dans la suite.

4. Dans le texte C, même en tenant compte du rétrécissement apporté par Clerget à l’inscription, il est évident que la lecture traditionnelle implique un défaut de mise en page qu’il est difficile d’admettre : le texte se termine en effet alors à une trop grande distance de l’angle droit du monument. Bien plus, on ne peut guère accepter que dans une inscription de cette nature et de cette qualité le graveur ait commis l’irrégularité de mettre une ponctuation en fin de ligne : le point de séparation est en effet très net après PRON. Si l’on veut restituer la symétrie de la mise en page, il manque trois ou quatre lettres. Immédiatement après le point de séparation, on déchiffre avec un éclairage adéquat le haut de la hampe gauche d’un V et la trace de cette hampe. Il est vrai que sur la face occidentale (face 1, texte B), la mention de la tribu n’apparaissait pas davantage avant la restauration de Clerget : mais il faut se fier ici à la meilleure copie, celle de La Sauvagère, qui montre bien la détérioration profonde de la partie droite de ce texte B : l. 1, après [RV]FVS il ne distingue plus, à la fin du texte, que les deux lettres RO (de pronepos) : aucun signe gravé n’était visible ensuite. Nous plaçons donc ici la mention de la tribu qui, comme on pouvait s’y attendre, est la même que celle de C. Julius Victor (ILA, Santons, 18), la Voltinia ; sa place insolite doit s’expliquer par l’exposé détaillé de la généalogie. Mais il faut de même prolonger à droite la seconde ligne, que l’on terminait d’ailleurs de façon un peu sèche par d(at) ; on disposera ici, de même, de trois ou quatre lettres, et l’on peut se fonder, outre la banalité de l’expression, sur le parallèle qu’offre la dédicace de l’amphithéâtre du Confluent (Ill. 14).

5. Lecture du CIL :
C. Iulius C. Iuli Otuaneuni f. Rufus, C. Iuli Gedomonis nepos, Epotsorouidi pron(epos) sacerdos Romae et Augusti ad aram quae est ad confluentem, praefectus fabrum d(at).

Remarques : Le monument est nommé traditionnellement Arc de Germanicus, parce que le nom de l’héritier de Tibère sur la face occidentale était la trace la plus visible de l’inscription.
1. Texte A : On doit supprimer pour Tibère la mention de l’augurat, qui doit être reporté à la titulature de Germanicus. La date étant assurée, Tibère doit être doté de trois consulats, mais il était dans sa XIXe, sa XXe ou sa XXIe puissance tribunicienne. Drusus n’avait revêtu qu’un seul consulat (en 15) ; ce consulat était certainement indiqué, mais il se trouvait au début et non à la fin de la troisième ligne.
La dédicace de l’arc de Saintes au souverain de l’Empire et à ses héritiers, met en relief l’ancrage de la famille dans la cité romaine avec l’énumération des générations de C. Julii et la mention de la tribu romaine ; il est associé ici, à la différence de l’inscription de l’amphithéâtre du Confluent, à l’ancrage dans la société locale, avec l’énumération des noms indigènes des ancêtres gaulois du donateur.

2. Onomastique
—Textes B et C : le redoublement du I final dans les surnoms du père et de l’arrière-grand-père du donateur de l’arc comme pour le gentilice, impose pour ces deux personnages un nominatif en -ius : Catuaneunius, Epotsorovidius.
—"Gedemon est un hapax qui, de même qu’Otuaneunus, échappe encore à la sagacité des spécialistes", avions-nous écrit naguère (Maurin 1978, p. 183) ; et pour cause, puisqu’il s’agit d’Agedomopas et de Catuaneunius. Tous deux appartiennent alors à des séries impressionnantes de noms gaulois. Nombreux sont en effet ceux qui commencent par l’élément Catu- (Evans 1976, p. 171-175). Quant à Agedomopas, qui débute par l’élément très fréquent Aged- (Evans 1976, p. 131-134, voir, à Saintes même, Agedillus, (ILA, Santons, 14). Surtout, ce nom est illustré à Saintes par les inscriptions du grand mausolée de C. Julius Victor (ILA, Santons, 18). Sur Epotsorovidius, v. Maurin 1978, p. 182-183.

3. La tribu Voltinia
Le point de séparation qui suit pron(epos) à la fin de la l. 1 est justifié, on l’a vu, par la mention de la tribu Voltinia.
Dans l’inscription de l’amphithéâtre, au Confluent, le donateur, C. Julius Rufus, ne mentionne pas sa tribu d’inscription ; il obéit ainsi à une des règles caractéristiques de la dénomination des prêtres du Confluent, dans ce sanctuaire qui était strictement réservé aux notables des cités indigènes de la Gaule Chevelue (Maurin 1978, p. 183 ; Maurin 1988b, p. 109-124). La tribu figure d’ailleurs rarement dans l’état-civil des Gallo-romains des trois provinces ; cependant on trouve la Voltinia dans les grandes inscriptions saintaises de l’époque julio-claudienne (ILA, Santons, 9, 14, 18, 20), mais il n'y a aucune mention postérieure à cette époque ; à ce groupe il faut ajouter maintenant la dédicace de l’arc.
Selon Hirschfeld (CIL, XIII, p. 133) la tribu Voltinia aurait été attribuée viritim aux notables santons pour lesquels elle est mentionnée. Nous savons que Julius Macer a été, quant à lui, selon toute vraisemblance, inscrit dans la Fabia sous le règne d’Auguste, lorsqu’il obtint la cité romaine au terme d’un long stage militaire (ILA, Santons, 14). Pour les autres notables, ils appartiennent à deux familles seulement, celle des descendants d’Agedomopas et celle de Ricoveriugus ; il est raisonnable de croire qu’Agedomopas, le plus ancien, a obtenu la cité romaine au lendemain de la guerre des Gaules (cf. les propositions de Goudineau 1993, p. 192), et l'on peut croire qu’il ait été inscrit dans la Voltinia, tout comme les nouveaux citoyens de Transalpine à cette époque (RE, Suppl. X (1965), col. 1113.1126, s. v. Voltinia) ; dans la suite, l’inscription dans cette tribu a dû être liée à l’obtention du droit latin par la cité (Maurin 1978, p. 159-161), peut-être au début du règne de Tibère, précisément au moment où Rufus accéda à la prêtrise du Confluent ou à la préfecture des ouvriers.

4. Le sacerdoce du Confluent couronnait, en principe, les plus hautes responsabilités municipales. Nous pourrions supposer que dans la dédicace de l’amphithéâtre du Confluent elles ne sont pas mentionnées en raison de leur caractère strictement indigène, ce qui impliquerait que Saintes avait alors des institutions purement pérégrines ; plus tard, les prêtres des Trois Gaules rappelleront leur carrière municipale par la formule vague et générale omnibus honoribus apud suos functus, ou une expression de ce genre, due sans doute au caractère indigène qu’avaient conservé maintes institutions locales. Mais le fait n’est-il pas étonnant à Saintes même, dans la dédicace de l’arc, où le donateur insiste sur ses racines indigènes ? Nous ne pouvons que constater ici cette absence de références aux institutions locales, sans qu’elle trouve véritablement une explication.
On a généralement admis que l’arc de Germanicus avait été édifié à l’occasion de la prêtrise au Confluent de Rufus, donc en 18 ou 19, et l’on a par suite pensé que l’amphithéâtre du Confluent avait été édifié à la même date (ILTG, 217). Or il n’y a aucun rapport entre l’érection de l’arc et la construction de l’amphithéâtre de Lyon. A n’en point douter, ce dernier a bien été offert par Rufus à l’occasion de sa prêtrise. Mais l’arc est une entreprise d’une toute autre nature, qui ne concerne que la ville de Saintes. On ne saurait donc dater par l’inscription de l’arc la prêtrise, dont la date est antérieure et reste donc inconnue (vers 10 ou 15 ?).

5. La préfecture des ouvriers était un titre décoratif, conféré par le gouverneur de la province ou même par l’empereur ( Dobson 1966, p. 67). Il n’est pas certain que cette préfecture ait été mentionnée sur l’inscription lyonnaise (ILTG, 217 ; cf. ILA, Santons, 18) ; nous croyons plutôt qu’elle a été octroyée à ce grand notable dans la suite, pour reconnaître sa contribution éclatante à l’édification de la Gaule nouvelle, notamment lors de sa présidence des panégyries du culte impérial au Confluent.
Les lectures que nous proposons pour les noms du père et du grand-père de Rufus ne sont pas sans conséquences : une homonymie étant extrêmement peu probable, nous considérons comme certain qu’Agedomopas est nommé à la fois sur l’arc et sur le mausolée de C. Julius Victor : ce dernier était alors le cousin germain de C. Julius Rufus, et les carrières de ces deux personnages suggèrent que cette grande famille dominait la cité des Santons sous le règne de Tibère (voir le commentaire de ILA, Santons, 18).



Trismegistos ID: 207621

Epidoc XML

URI:http://petrae.huma-num.fr/160101200164

Louis Maurin - 2014-06-17 10:57:33